ABOUNA
Réalisation : Mahamat-Saleh HAROUN
Tchad - 2002 - 81 min.

Scénario : Mahamat-Saleh Haroun
Images : Abraham Haile Biru
Montage : Sarah Taouss Matton
Son : Marc Nouyrigat
Décor : Laurent Cavero
Musique originale : Diego Moustapha Ngarade
Musique additionnelle : Ali Farka Touré

Interprètes :
Ahidjo Mahamat Moussa (Tahir)
Hamza Moctar Aguid (Amine)
Zara Haroun (La mere)
Mounira Khalil (La muette)
Koulsy Lamko (Le père)
Garba Issa (Le marabout)

 

Tahir, quinze ans, et Amine, huit ans, se réveillent un beau matin et apprennent que leur père a quitté la maison. Pourquoi ? Ils l'ignorent. Ils sont d'autant plus déçus que, ce jour-là, il devait arbitrer un match de football opposant les gosses du quartier. Ils décident alors d'aller à sa recherche à travers une longue errance dans la ville, inspectant les différents lieux où il avait l'habitude d'aller. Sans résultat … De guerre lasse, ils se laissent aller, préférant l'école buissonnière, flânant au hasard des rues, se réfugiant dans les salles de cinéma. Un soir, dans la pénombre, il leur semble reconnaître leur père à l'écran. Les deux frères volent les bobines du film ...

LA PRESSE  

Chronic'Art
A partir d'un fait divers observé au Tchad - les maris qui disparaissent du jour au lendemain abandonnant femme et enfants -, Mahamat-Saleh Haroun imagine un émouvant récit d'apprentissage emprunt d'une poésie qui doit autant aux magnifiques décors naturels du film qu'à la foi du cinéaste en les vertus presque magiques du cinéma.


Africultures
(…) Abouna révèle la progression d'un véritable auteur qui depuis le départ pense le cinéma. Les deux enfants iront voler les bobines du film où ils ont cru reconnaître leur père disparu de leur vie sans un mot : la porte entre le réel et la fiction reste grande ouverte, cette possibilité de rêver la vie pour se reconstruire, d'ouvrir l'espace du possible pour restaurer la vie dans la réalité quand on sent qu'elle a été volée. C'est ce qui émeut profondément dans Abouna : l'utilité du cinéma, cette proposition d'une ouverture du regard sur soi, sur son environnement, sur l'Afrique. Chaque image respire une demande de respect en l'affirmant soi-même pour son sujet. Ce sont les angles choisis, qui intègrent les éléments du décor et les jeux de lumière, pour ne dévoiler que l'essentiel sans jamais violer la personne. Ce sont les silences et les regards mais aussi la fraternité et le sens filial. Tout cela concourt à une morale qui n'a rien d'étriqué, une morale du respect, une proposition faite au spectateur. Dès lors, point besoin de démontrer ou de dire : l'image parle par elle-même. Quand les deux enfants traversent une place jonchée d'immondices, tout est là sur l'état du pays et sur leur solitude. Quand la dureté de l'école coranique n'empêche pas la beauté des personnages, une intensité s'impose, bien loin d'un cinéma de pancarte. Il ne s'agit pas ici de dénoncer mais de saisir les pauvretés et les richesses, les limites et les grandeurs. Ce regard, par son épaisseur humaine, met sans doute mieux à jour les contradictions et trouve une juste radicalité. Abouna est une prière à la vie, une affirmation de dignité, une leçon de cinéma.

Monsieur Cinéma
Abouna est une œuvre tendre et pudique qui présente le cinéma comme un refuge de l'imaginaire, une manière de survivre pour les deux garçons, mais aussi comme un outil de communication et de transmission. Un film magnifié par un beau travail sur la couleur, les lumières et la musique. Abouna tend à l'apaisement et respire l'air du temps dans l'Afrique d'aujourd'hui.

Les Inrockuptibles
Une fiction minimaliste et graphiquement parfaite.