EXILS
Réalisation : Tony GATLIF
France - 2004 - 104 min.

Prix de la mise en scène, Cannes 2004

Scénario : Tony Gatlif
Images
: Céline Bozon
Montage :
Monique Dartonne
Musique
: Tony Gatlif et Delphine Mantoulet
Son
: Philippe Welsh et Dominique Gaboriau
Décors
: Brigitte Brassart

Interprètes :
Romain Duris (Zano), Lubna Azabal (Naïma), Leïla Makhlouf (Leïla), Habib Cheik (Habib), Zouhir Gacem (Saïd) …

 

Un jour, Zano propose cette idée un peu folle à sa compagne Naïma : traverser la France et l'Espagne pour rejoindre Alger et connaître, enfin, la terre qu'ont dû fuir leurs parents d'autrefois.
Presque par défi, avec la musique comme seul bagage, ces deux enfants de l'exil se lancent sur la route. Epris de liberté, ils se laissent un temps griser par la sensualité de l'Andalousie - avant de se décider à franchir la Méditerranée.
D'une rencontre à l'autre, d'un rythme techno à un air de flamenco, Zano et Naïma refont, à rebours, le chemin de l'exil. Avec, au bout du voyage, la promesse d'une reconquête d'eux-mêmes...

LA PRESSE  

Hollywood Reporter
Exils est un formidable voyage à la découverte de soi, un retour aux racines et une traversée vers l'âme. Ce film magnifique est porté par l'interprétation sensuelle de Lubna Azabal et propulsé par une musique galvanisante.

Studio
En retournant, après quarante-trois ans d'absence, dans son Algérie natale, Tony Gatlif s'est mis à nu. Le spécialiste des "road movies identitaires" touche ici, pour la première fois, le cœur de ses propres racines, et ça se sent. Filmés à l'état brut, ses personnages - deux enfants de là-bas qui portent les cicatrices de leurs parents - ne sont pas pour autant immédiatement aimables. Il faut entrer dans ce film qui démarre à fond de train sur un morceau de house music. Mais trait après trait, note après note, le peintre-musicien Gatlif approfondit, à chaque étape du voyage, leur relation et leur quête. En cela, Exils est certainement le mieux construit de ses films. Et le plus lourd de sens politique et poétique.
Le passage en Algérie, secouée par le tremblement de terre - dont on sent qu'il a affecté le réalisateur -, amène les scènes les plus chargées en émotions : Naïma se sentant "étrangère de partout" et Zano retrouvant sa famille. Interprètes de ces deux victimes de l'exil, Lubna Azabal et Romain Duris sont étonnants de liberté et de naturel. Ils démontrent, s'il en était encore besoin, que leur implication de comédiens va bien au-delà du jeu. La lumière qui les habite rend encore plus fort l'uppercut final que Tony Gatlif nous assène, lors d'une scène de transe soufie en temps réel. Un choc émotionnel.
On sort de ce périple initiatique comme eux : à la fois essoufflé, transformé et séduit.

Les Fiches du Cinéma
(…) Lubna Azabal inonde le film de sa sensualité sauvage. Farouche et écorchée, elle prête à Naïma sa rage de vivre et son obstination dans le mutisme. Romain Duris, lui, fidèle interprète de Gatlif depuis Gadjo Dilo, incarne une nouvelle fois la liberté d'un homme, curieux de son passé et des autres, doux rêveur et vrai amoureux. Ils forment un couple étonnant, où la hargne de l'une côtoie la douceur de l'autre, pour trouver finalement une harmonie. Tony Gatlif livre un film très personnel, toujours empreint de ce qui fait son cinéma : musique, quête identitaire et appel à la liberté. (…)


Télérama
(…) Tony Gatlif filme comme on mord et on embrasse, sans retenue, avec une fantasque et débordante sensualité. Sa caméra et ses personnages se frottent au réel pour mieux l'enchanter. Comme dans cette scène où Naïma et Zano, dans un verger, croquent fruits et feuilles à même les arbres. Une scène de désir, belle et drôle, éclatante, énorme. Exils, film horizontal, qui racle le sol, la terre, traverse l'eau comme ses héros, s'attarde parfois en chemin. Mais le voyage reprend ses droits, les seuls droits de ceux qui sont sans papiers, passagers clandestins, exilés en mouvement. Tout un peuple que croisent sans cesse Zano et Naïma. Eux-mêmes se glissent dans le mauvais bateau, qui les éloigne un temps de l'Algérie, comme on diffère une révélation. Acte manqué, et avant-dernier acte, voulu par le cinéaste comme un ultime mouvement musical avant le point d'orgue, le retour aux origines et aux souvenirs perdus. Tout converge vers la scène de transe soufie, explosion cathartique. Filmée à l'arraché, avec ferveur, cette séquence où mes corps s'emmêlent, au rythme des chants et des percussions, raconte en elle-même une histoire de liberté, de douleurs et d'abandon, de désir et de mouvement. Une histoire de voyage.