L'HONNEUR DES PRIZZI
Réalisation : JOHN HUSTON
USA - 1985 - 129 min.

Scénario : Richard Condon, Janet Roach d'après le roman de Richard Condon, Prizzi's Honor
Image : Andrzej Bartkowiak
Décors : Bruce Weintraub,
Charles Truhan
Costumes : Donfeld, John S. Perry
Montage : Rudi et Kaja Fehr
Musique : Alex North

Interprètes :
Jack Nicholson (Charley Partanna), Kathleen Turner (Irene Walker), Robert Loggia (Eduardo Prizzi), John Randolph (Angelo Partanna), William Hickey (Don Corrado Prizzi), Lee Richardson (Dominic Prizzi), Michael Lombard (Filargi Finlay), Anjelica Huston (Maerose Prizzi) …

 

A New York, Charley Partanna est, depuis sa naissance, "parrainé" par l'un des grands chefs de la mafia - Don Corrado Prizzi, qui avait déjà pris le père de Charley, Angelo, sous son aile. Charley est désormais l'homme de confiance des Prizzi, leur " exécuteur " officiel et, de plus, l'ex-soupirant de Maerose Prizzi, petite-fille de Don Corrado. Cependant, tout va changer le jour du mariage d'une des filles Prizzi: à l'église, Charley remarque une superbe blonde; renseignements pris, il s'agit d'Irene Walker, d'origine polonaise. Pour Charley, c'est le coup de foudre: dès le lendemain, il propose à Irene le mariage... Avant qu'Irene ne se décide, Charley est chargé de se rendre à Las Vegas pour une délicate mission; il doit récupérer 700.000 dollars dérobés aux Prizzi par le gérant d'un de leurs casinos et son complice.

LA PRESSE  

Jeune Cinéma
Huston vogue allègrement vers ses quatre-vingts ans, il continue à filmer avec une ardeur et un appétit que bien des jeunes réalisateurs doivent lui envier. En voyant L'Honneur des Prizzi, on se demande ce qui pourrait bien arrêter un esprit aussi alerte et inventif. Certes, il puise ici son inspiration dans un roman, mais la patte de Huston n'en est pas moins apparente de la première à la dernière image.
L'histoire fournie par le livre de Richard Condon, qui signe aussi le scénario, puise dans la tradition féconde de la Mafia américaine dont l'actualité montre régulièrement combien elle survit aux règlements de compte qui la secouent. De Scarface au Parrain, elle a fourni au cinéma quelques-unes de ses grandes figures de légende. Avec L'Honneur des Prizzi, Huston se paie le luxe de renouveler de fond en comble ce qui pourrait n'être qu'un nouvel avatar d'un genre à succès. Certes, l'intrigue est jalonnée de cadavres, de trafics financiers, d'enlèvements, de parrains. Toute l'iconographie italo-américaine tisse une toile de fond colorée et vivante. Huston nous fait pénétrer ce monde clos de façon si habile qu'on a l'impression d'en connaître toutes les ramifications, les intrigues souterraines.
Et pourtant, son film ne cesse de surprendre, d'abord dans l'ironie constante qu'il utilise par rapport au décor. Les intérieurs dans la maison du patriarche, le choix de la musique pour certaines séquences, sont autant de clins d'œil malicieux de la part de Huston. Et puis, l'histoire vole littéralement d'un rebondissement à l'autre, à tel point qu'il serait vain de vouloir les détailler et surtout d'en dévoiler la mécanique. La surprise constitue en effet l'un des moteurs de cette histoire à tiroirs dans laquelle tout ce qui pourrait paraître improbable devient source d'humour. Dès le départ, en effet, le couple central Charley Partanna - Irene Walker, permet tous les dérapages vers l'absurde. L'amour fou d'un fils de la Famille, pas très intellectuel pour une femme habile, voire machiavélique, donne naissance à des situations de pure comédie. Le mariage du début donne tout de suite le ton.
Tous les personnages obéissent à des règles bien précises, prévisibles même. D'un côté, le code de l'honneur de la Mafia, le sens de la famille. De l'autre, le personnage d'Irene, l'intruse, introduit d'autres règles du jeu : celles d'une stratégie individualiste qui va semer la confusion dans le clan des Partanna, des Prizzi. Mais Huston se garde de traiter les rapports entre les personnages sur le mode de l'étude psychologique. Ils sont des pantins d'une Commedia dell'arte qui tourne à l'humour noir parce qu'elle a pour cadre un milieu qui supporte mal la poésie. Comme avec le personnage de Maerose Prizzi, campé par la fille de John Huston, tout ce qui pourrait tenir au réalisme bascule toujours vers l'absurde, la dérision, au moment où l'on s'y attend le moins.
L'Honneur des Prizzi est une œuvre de virtuose par ses dialogues imprévisibles, sa construction échevelée. C'est surtout un film ludique parce que Huston joue avec le cinéma. Il joue avec le spectateur pour son plus grand plaisir, celui de se sentir emmené sur de fausses pistes. Une promenade qui réserve de telles surprises repose aussi sur l'évident plaisir qu'ont pris les acteurs à ce jeu débridé. On les sent gagnés par la malice hustonienne, ce qui les conduit à passer d'un registre à l'autre sans crier gare. Il y a dans le film des scènes d'envoûtement, celle de Maerose faisant son numéro de la victime éplorée à son père, la scène d'amour entre Charley et Irene avec leur arme de chaque côté du lit. Il faut savoir s'abandonner devant une telle invention, celle du plus jeune des réalisateurs américains.

Le Guide des Films
Un divertissement sur la Mafia où Jack Nicholson en minable mafioso est ballotté entre deux femmes dont il n'est que le jouet comme il l'est aussi d'une vieille momie au ton doucereux et moralisateur, son " parrain ". Le ton se fait vite satirique et le suspense reste entier jusqu'à la fin.