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Scénario
: Gérard Brach et Roman Polanski
Images : Douglas Slocombe
Montage : Alastair MacIntyre
Décors : Wilfrid Shingleton
Musique : Christopher Komeda
Interprètes
:
Jack MacGowran (professeur Abronsius)
Roman Polanski (Alfred)
Sharon Tate (Sarah)
Alfie Bass (Shagal, l'aubergiste)
Ferdy Maine (Comte von Krolock)
Terry Downess (Koukol)
Fiona Lewis (Magda)
Jessie Robins (Rebecca)
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Accompagné
d'Alfred, son jeune assistant, le vieux professeur Abronsius arrive dans
un village situé au cur de la Transylvanie, dans l'espoir
de démontrer la véracité de ses théories sur
l'existence des vampires. Porteurs d'un maillet, d'un crucifix et d'un
pieu, ils découvrent une auberge décorée d'ail où
vit recluse Sarah, la fille des propriétaires et remarquent la
réticence des villageois devant leurs questions. Mais bientôt
Sarah est enlevée et l'on retrouve, au petit matin, le corps de
Yoine, l'aubergiste, gelé et portant sur le cou deux marques sanglantes.
Rebecca, son épouse, ne parvient pas à sauver son âme
en lui enfonçant un pieu dans le cur. Les traces de Yoine
conduisent au mystérieux château du comte von Krolock, gardé
par le bossu Koukol
"Il
y avait lontemps avec Gérard Brach qu'on voulait faire un film
sur les vampires. L'intention n'était pas parodique, c'était
plutôt une sorte de conte de fées : quelque chose qui peut
faire peur mais qui est agréable, avec un côté aventure,
pour satisfaire cette envie enfantine d'avoir peur sans danger, de pouvoir
rire de sa propre peur."
Roman Polanski
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| LA PRESSE |
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Cinéma
68
A BELLES DENTS
Le goût de Polanski pour le jeu, pour l'exercice de virtuose, pour
la farce volontiers macabre, a toujours été sensible dans
ses films soit au niveau des rapports entre les personnages (Le couteau
dans l'eau, Cul-de-sac), soit à celui plus subtil des
relations réalisateur-spectateur (Répulsion, et encore
Cul-de-sac). Partant du classique scénario de films de vampires,
Polanski joue ici sur les deux registres à la fois, s'amusant à
bousculer ses personnages et son public pour le plus grand profit et la
plus grande confusion des uns et des autres.
Profit parce que, simples silhouettes de bandes dessinées, le duo
des tueurs de vampires Abronsius-Alfred (excellemment campés, le
premier par Jack MacGowran qui s'est fait la tête d'Einstein et
l'allure de Cosinus, le second par Polanski lui-même qui continue
de ressembler à l'étudiant qu'il n'a jamais tout à
fait cessé d'être), apparaît comme le reflet incarné
sur l'écran de nos propres attitudes de spectateur-amateur de fantastique
: notre assurance, fille de la raison et du scepticisme goguenard - "
Bah ! Après tout, ce ne sont que des vampires " - et notre
angoisse, fille de la crédulité et du masochisme. S'identifiant
tour à tour avec le courageux professeur Abronsius, que sa façon
de considérer scientifiquement les faits préserve de l'emprise
du fantastique, et avec le pleutre Alfred, que seul l'amour pousse de
l'avant, chaque spectateur a en lui un Alfred qui succombe délicieusement
aux frissons du cauchemar et un Abronsius qui résiste de toute
la force de sa raison.
Mais confusion aussi parce Polanski promène inconfortablement ses
héros et donc son public de la parodie de l'épouvante aux
affres de l'épouvante (à un cadavre qui se dresse succède
une poursuite burlesque dans une cave, l'assaut d'un beau vampire blond
devient marivaudage pédérastique et le galant soupirant
referme ses crocs sur un livre de conseils amoureux), renverse les données
traditionnelles du récit héroïque : Abronsius le justicier,
véritable héros positif, est un vieil hurluberlu chétif
et grotesque : il est raidi par le gel, on lui pose des ventouses, il
reste coincé dans une lucarne au moment où il doit détruire
les vampires ; Alfred, au contraire, c'est le jeune premier à qui
la belle Sarah fait les doux yeux, mais il est lâche, se cachant
sous les tables, tremblant dans son lit, incapable d'enfoncer un pieu
dans la poitrine de l'ennemi endormi et en plus voyeur : il lorgne Sarah
au bain par le trou de la serrure ; Sarah elle-même, loin d'être
la pure et innocente jeune fille du mélo, est bien trop fascinée
par le mal pour n'être pas plus qu'à demi-consentante. Et
jusqu'au classique et attendu happy end que Polanski évite, comme
s'il voulait faire déboucher son pastiche sur le drame le plus
effrayant : la destruction par la gent vampiresque de la race humaine
menacée de n'être plus qu'une légende.
Autant qu'à la parfaite maîtrise avec laquelle Polanski et
son co-scénariste, Gérard Brach, conduisent le récit
et exécutent leurs délicates manuvres de changement
de vitesses et de tons, la réussite de cette parodie insolente
et sérieuse des films draculesques tient à la richesse,
et à la beauté plastique de décors et de couleurs
qui jouent un rôle primordial dans l'aventure. Ainsi dans la première
partie du film, l'arrivée en traîneau au village, les champs
de neige sous la lune, les maisons au perspectives curieusement déformées,
l'auberge avec son mobilier familier et insolite, les trognes et les accoutrements
des paysans, composent une série de tableaux directement inspirés
de la peinture de Chagall - et Polanski ne signe-t-il pas malicieusement
ses reproductions en donnant à l'aubergiste juif le nom de Shagal
Mais il y a là autre chose qu'un simple gag intellectuel,
et la référence picturale s'impose comme un évident
signe de parenté entre l'univers du peintre russe et celui du réalisateur
polonais. Comme Chagall, juif d'Europe orientale et déraciné,
transplanté volontairement dans un milieu artistique à la
mode (le Paris du début du siècle pour Chagall, le Londres
des années 60 pour Polanski) et en réaction contre une société
de formes traditionnelles, comme Chagall qui disait être arrivé
à Paris avec de la terre russe accrochée à la semelle
de ses chaussures, Polanski garde du monde où il a vécu
et qu'il rêve à présent (ce qui ne signifie pas forcément
qu'il le regrette) une image qu'il nous livre ici, prenant prétexte
d'un coin de Transylvanie d'opérette, transfigurée doublement
par la vision poétique d'un peintre dont il se sent humainement
proche et par sa propre vision cinématographique de l'univers de
ce peintre.
Et, dimension commune à ces deux visions, à ces deux sensibilités
artistiques, le même savoureux folklore juif personnifié
dans Le Bal des vampires par la pittoresque silhouette de l'aubergiste
avec son accent, ses gestes, ses réparties, son humour, tandis
que son visage et ses vêtements sont ceux mêmes du "
Violoniste vert " qui, dans l'uvre de Chagall, représente
le personnage type de l'univers délaissé par l'artiste et
sublimé poétiquement, fantas-tiquement, dans la période
de l'exil. Les meilleurs gags du film, c'est à cet humour juif
si profond et si amer sous la raillerie de soi-même et de ses propres
travers, sous les allusions à l'histoire et aux maux de la communauté
qu'on les doit : l'aubergiste juif qui, s'apprêtant à vampiriser
la servante et se voyant opposer le réglementaire crucifix, repousse
l'objet dit sacré en ricanant doucement : " Je ne suis pas
de ce genre de vampires ", ou le serviteur du comte von Krolock qui
refuse au même vampire juif l'accès à la crypte de
ses nobles maîtres aryens.
Dans la second partie du film, qui a pour cadre le château-prison
du comte, l'exil est consommé, la Pologne de l'enfance s'estompe,
tout juste perçue encore au bout d'une lorgnette, et Polanski revient
à l'Angleterre où il vit : Chagall cède la place
aux peintres anglais du XVIIIe siècle. Le château et ses
habitants, les invités du bal sortis de leurs linceuls pour danser
le menuet, les visages blafards, les vêtements ternis par le temps
et comme recouverts d'une fine poussière, les couleurs éteintes,
tout cela évoque la manière, l'élégance un
peu figée des portraits de Gainsborough avec parfois des éclats
sinistres et des visions de cauchemar annonçant le romantisme halluciné,
le fantastique visionnaire d'un Füssli ou d'un William Blake à
cheval sur le XVIIIe et le XIXe siècle.
On ne prête qu'aux riches bien sûr, et il faut peut-être
se défier de cette propension à accorder au réalisateur
des intentions qu'il n'a pas toujours eues. Mais il est des rencontres
trop significatives pour être entièrement fortuites. Il serait
injuste, par ailleurs, de ne pas souligner ce que Polanski doit à
Douglas Slocombe, le directeur de la photo, pour son premier long métrage
en couleurs : cette atmosphère d'irréalité d'une
troublante et angoissante beauté sépulcrale dans laquelle
baigne tout le film et qui atteint au sublime avec la séquence
du bal, véritable morceau d'anthologie du cinéma fantastique.
Simple exercice de style, dira-t-on un peu rapidement du Bal des vampires,
comme on le fit déjà à propos de Répulsion.
Oui, mais quel style ! Et l'exercice, peut-être pas si simple que
ça

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