SHARA
Réalisation : Naomi KAWASE
Japon - 2003 - 99 min.

Scénario : Naomi Kawase
Images : Yutaka Yamazaki
Montage : Shotaro Anraku, Tomoo Sanjo
Lumière : Yuzuru Sato
Son : Eiji Mori
Musique : UA

Interprètes :
Kohei Fukunaga (Shun)
Yuka Hyodo (Yu)
Naomi Kawase (Reiko)
Katsuhisa Namase (Taku)
Kanako Higuchi (Shouko)

 

Les Aso habitent avec leurs jumeaux, Kei et Shun, le vieux quartier de la ville historique de Nara, ancienne capitale du Japon. La famille Aso perpétue depuis des générations la tradition de la fabrication artisanale de l'encre de Chine.
Le jour de la fête du Dieu Jizo, dans la chaleur torride de l'été, alors que les deux enfants se poursuivent, Kei disparaît soudainement au coin d'une ruelle… Comme enlevé par les dieux… Ce jour-là, la vie s'est arrêtée pour la famille Aso.
Cinq années ont passé. Shun a maintenant dix-sept ans. Au lycée il s'est inscrit à l'atelier de peinture. Il travaille sur le portrait de son frère disparu qu'il n'a jamais pu oublier. Shun et son amie d'enfance Yu sont attirés l'un par l'autre, mais une douleur secrète les empêche de vivre cet amour. Un jour, Yu découvre le secret de sa naissance, de son côté Shun apprend ce qu'il est advenu de son frère jumeau. Ces révélations les délivrent. Shun et Yu sont alors prêts à prendre leur destin en main.

PROPOS DE NAOMI KAWASE

Tournage A Nara

Mon équipe et moi avons passé l'été 2002 à Nara pour réaliser : Shara. J'y suis née et j'y ai grandi. Nara a plus de 1000 ans d'histoire, puisqu'elle était la capitale du Japon au 8e siècle. Même si la ville s'est matériellement transformée avec le temps, son cœur n'a jamais cessé de battre. Sa richesse, faite de tant de vies qui s'y sont succédées au cœur de l'histoire, est intacte.

Avec les acteurs
Je ne me résouds jamais à considérer les acteurs comme de simples personnages de fiction. Pour moi, mes acteurs et leur personnage ne font qu'un, ils sont réels. Je leur ai demandé de s'installer à Nara bien avant de commencer le tournage, ils ont appris à connaître la ville, à la vivre quotidiennement pour mieux s'imprégner de leur rôle, afin d'exprimer le plus naturellement possible les sentiments que je leur demandais d'exprimer. Et pour être au plus près de la réalité de l'histoire, j'ai tourné les scènes dans l'ordre chronologique.

La Photographie
Yamazaki, mon chef opérateur, a fait beaucoup de films documentaires pour la télévision, surtout des reportages sur la vie des enfants dans les pays en guerre.
Dans ses films, Yamazaki ne se contente jamais de décrire de manière platement objective les conditions tragiques dans lesquelles vivent ces enfants. Son regard va au plus profond des choses.
Il est humain, chaleureux, sincère.

 

LA PRESSE

L'Humanité
Évanescence. Une oeuvre atmosphérique, subtile, dont la beauté se diffuse graduellement. Ce superbe film d'ambiance situé à Nara, l'ancienne capitale du Japon, commence avec les déambulations inces-santes de deux jumeaux dans les rues de la ville. L'un d'eux disparaît mystérieusement. Rien n'est explicité : l'enfant a disparu, la vie continue bon gré mal gré. Quelques années après, l'énigme est vaguement résolue (mais on ignore ce qui s'est vraiment passé) et la communauté prépare la fête de Basara, qui va être une forme d'exutoire du drame. Loin d'être un film cartésien, c'est un jeu de l'oie à l'échelle d'un quartier, avec çà et là des bribes de récit.

Chronic'Art
Shara emporte, dans un mouvement d'une puissance inouïe, le récit d'une reconstruction familiale. Récit pourtant classique de l'enfant disparu, mais que Naomi Kawase teinte, magiquement, aux couleurs jaune et blanche d'une mise en scène lumineuse et comme en perpétuelle renaissance. (…) Si Shara vole si haut, c'est qu'il est habité jusque dans le moindre recoin du plan, affecté d'une tristesse fuyante, empli d'une tranquille vitalité qui le conduit très vite et en toute légèreté à l'absolue plénitude. Son lyrisme contenu, feutré n'y est pas retors : pas d'autre monde que ce monde-là, réduit à une petite ville de province qui en retour ouvre une fenêtre sur l'universalité des sensations et des sentiments.

Monsieur Cinéma
Shara est une œuvre toute simple et toute en finesse, qui vogue sur les flots de l'émotion. La cinéaste ne s'appesantit pas sur des explications narratives ou psychologiques, elle laisse venir des réactions brutes et des jaillissements d'émotions. Ainsi, la force de certaines séquences naît d'une certaine violence, celle par exemple qui explose lorsque Taku retient son fils Shun et l'empêche de sortir. De même, la liesse colorée qui envahit la longue séquence de la fête de Basara apporte au film une énergie incroyable. Le rythme tribal, la chorégraphie de groupe, le jaune-orangé des tenues et la pluie qui suit
l'ensoleillement en font un passage-clé. Dans Shara, tout est traité sur le même ton, avec frontalité : une disparition, un accouchement ou un cours de peinture. Comme souvent dans le cinéma asiatique, les visages restent souvent impassibles et les réactions passent par les corps. Une des dernières images du film montre cependant des larmes sur le visage de Shun, après l'accouchement de sa mère...

Aden
(...) la cinéaste voulait faire ressentir ce qui était beau et unique dans ces quelques moments de la vie ordinaire. En filmant la douleur avec la même sérénité que la joie, elle y parvient avec une intensité qui rappelle les maîtres qui l'inspirent, le Russe Andreï Tarkovski et l'Espagnol Victor Erice.