VA, VIS ET DEVIENS
Réalisation : Radu Mihaileanu
France/Israël - 2005 - 147 min.

César du meilleur scénario original en 2006
Prix du jury œcuménique, Prix du Public et Prix Européen au Festival de Berlin en 2005

Scénario : Radu Mihaileanu, Alain-Michel Blanc
Images : Rémy Chevrin
Montage : Ludo Troch
Musique : Armand Amar
Son : Henri Morelle
Décors : Eytan Levy

Interprètes :
Yaël Abecassis (Yaël), Roschdy Zem (Yoram), Moshe Agazai (Schlomo enfant), Moshe Abebe (Schlomo adolescent), Sirak M. Sabahat (Schlomo adulte), Roni Hadar (Sarah), Yitzhak Edgar (Le Qès Amhra), Rami Danon (Papy), Meskie Shibru (la mère de Schlomo), Mimi Abonesh Kebede (Hana) …

 

Les Juifs éthiopiens, appelés Falashas, sont considérés comme les descendants du roi Salomon et de la reine de Saba. D'après la Torah, il est écrit qu'ils reviendraient un jour en Terre Sainte sur le dos d'un grand aigle. En 1984, des centaines de milliers de réfugiés africains fuient la famine et sont regroupés dans des camps au Soudan. Le gouvernement israélien organise l'opération Moïse afin d'emmener des milliers de Falashas en Israël. Au moment de l'embarquement, une mère chrétienne pousse son fils de 9 ans à se déclarer juif pour le sauver. Elle le confie à une candidate au rapatriement. À peine arrivée en Terre Sainte, après les contrôles des autorités pour refouler les non juifs, celle-ci meurt à l'hôpital, rapidement emportée par la maladie. L'enfant, qui se nomme désormais Shlomo, est déclaré orphelin. Il est adopté par Yaël et Yoram, une famille française séfarade habitant Tel-Aviv. Bien que laïcs, ils croient respecter les convictions de Schlomo en lui donnant une éducation religieuse. Le gamin n'ose pas dire la vérité. Malgré la chaleur dont l'entoure sa famille d'adoption, Schlomo peine à s'intégrer. Il doit faire face au racisme et au fanatisme ...

 

LA PRESSE  

Télérama
(…) On sent que Radu Mihaileanu s'est emparé de ce sujet avec un véritable élan du cœur, une envie de dire la souffrance et le courage de tous les enfants qui, comme Schlomo, ont subi les chaos du monde. Le héros de Va, vis et deviens porte sur ses frêles épaules de grands sujets : la solidarité internationale, le racisme, la question juive et celle de l'identité personnelle... Pour aborder tout cela, il faut parfois simplifier cette saga : la famille adoptive n'existe que grâce à la mère et à son interprète, la formidable Yaël Abecassis. Mais Radu Mihaileanu ne perd jamais de vue son Schlomo, ni les paroles que lui a données sa vraie mère pour seul viatique : " Va, vis et deviens. " On le voit faire son chemin et sa vie, se construire lui-même. Sur cette entrée dans l'existence, sur l'amour maternel et l'amour tout court, rien ne manque. Et c'est fort, émouvant. Le public ne s'y est pas trompé, qui a fait de ce film singulier un succès populaire.

Africultures
(…) C'est un film où l'on pleure et l'on rit volontiers, en phase avec cette saga qui traverse l'histoire israélienne sur vingt années. Sans doute cela tient-il aussi à cette façon très humaine de tourner, la caméra se plaçant à la hauteur de l'enfant, les couleurs ne s'affirmant qu'avec le progressif affranchissement. Tourné en scope, le film ne cultive pas les grands effets mais ne renonce pas non plus au lyrisme que lui permet ce format. La musique d'Armand Amar mêle habilement à l'orchestre classique des voix, du violoncelle et les sonorités rugueuses du doudouk, instrument arménien traditionnel. Les personnages ne sont pas stéréotypés : chacun évolue et se révèle au contact de Schlomo, à commencer par ce père adoptif qu'interprète avec sa belle maîtrise Roschdy Zem, lequel a appris l'hébreu pour jouer le rôle. Dans ce qui devient son amertume de militant pacifiste déçu, il figure cet Etat d'Israël qui peine à résoudre ce qui l'empêche de s'émanciper. Il a à l'écran un jeu très physique en phase avec le souci permanent du réalisateur de figurer le rapport au corps. Et c'est dans doute cette corporalité permanente issue d'une vraie sensibilité pour les êtres qui fait à la fois la force et la tension de Va, vis et deviens et le hisse au niveau des films qui marquent.

Le Figaroscope
Une fresque émouvante d'une grande intelligence de cœur qui mêle histoire et destin individuel. A travers l'incroyable épopée sur vingt ans de son jeune héros, Schlomo, le cinéaste soulève les questions d'identité, d'intégration, de racisme, d'amour filial. Un film monté comme un opéra à trois temps, enfance, adolescence, âge adulte et marqué par une ultime note, le cri déchirant d'une mère qui, enfin, retrouve son fils.