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Images
: Ivan Strasburg
Montage : Clare Douglas
Son : Albert Bailey
Décors : John Paul Kelly
Costumes : Dinah Collin
Interprètes
:
James Nesbitt (Ivan Cooper), Tim Pigott-Smith (Général Ford),
Nicholas Farrell (Général McLellan), Gerard Mc Sorley (Commadant
Lagan), Kathy Kiera Clarke (Frances)
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Dimanche
30 janvier 1972, Derry, Irlande du Nord, Ivan Cooper est l'organisateur
d'une marche pacifique pour l'égalité des droits entre catholiques
et protestants, farouchement déterminé à éviter
toute violence entre les différents protagonistes. Mais malgré
son dialogue avec les autorités unionistes et ses tentatives de
négociation avec les forces de l'ordre britanniques, la manifestation
se transforme en émeute : treize personnes sont tuées par
l'armée. Cette journée, désormais inscrite dans l'histoire
sous le nom du " BLOODY SUNDAY ", marque ainsi le début
de la guerre civile en Irlande du Nord.
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| LA PRESSE |
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Sorj
Chalandon, Libération 30 octobre 2002
(
) Nous y sommes. Il n'y a pas de musique, pas de cadre, pas d'effet.
La musique, c'est l'accent du Bogside, du Creegan, les petits mots d'ici
et pas d'ailleurs. La musique, c'est le thé qui fume sur les tables
basses, les sandwiches qui attendent sur le rebord de la fenêtre,
le papier peint sinistre, les manteaux boutonnés jusqu'au col,
les fichus sur les cheveux bigoudis. La musique, ce sont les gamins col
relevé, mains dans les poches et pantalon trop court, le curé
qui demande ce qu'on devient, la chaleur du pub avant l'inquiétude
de la rue. La musique, c'est le bourdonnement de l'hélicoptère,
les pleurs du bébé à l'étage, les pas sur
le mouillé, les gamines sans manches qui grelottent dans le froid.
La musique, ce sont les vieillards et les enfants mêlés,
les cheveux blancs face aux casques lourds.
Pas de cadre non plus. Caméra à l'épaule, suis-nous,
viens, marche avec, l'image est encombrée de dos en trop, de flous,
de passants, de briques, d'agitation fébrile. Nous sommes bousculés.
Pas d'effets de lumière non plus, rien. Juste des plans rapides,
cassés, brutaux comme des chutes de reportage. Presque l'actualité.
D'autant que le sentiment demeure lorsqu'on franchit la ligne et que l'on
est en face, chez les Anglais. Les paras, l'armée, les officiers,
du réel, du brut. Le soldat de la vraie vie, embusqué au
bas de la rue, dans le jardin du voisin, qui vous demande à la
Liverpool d'où vous venez et où vous allez. Rien de l'Irlandais
de propagande, rien de l'Anglais de caricature. Tout est vrai. Dans tous
les films consacrés à l'Irlande du Nord, il y a eu ce petit
moment d'imagerie, donc de gêne, donc de paresse, donc de faiblesse.
Même les plus grands, Hidden Agenda de Loach, The Crying Game de
Jordan, In the Name of the Father de Sheridan ou le Collins de Jordan,
offraient de ce fait une distance rassurante et confortable avec la réalité.
Et l'on cherche ici, dans ce Bloody Sunday, ce qui fait la différence.
Pourquoi cette colère de foule ressemble à une colère
de foule ? Et la rage des soldats à une rage de soldat ? Pourquoi
ces accents sont-ils si vrais et ces visages si proches ? Comment est-il
possible que nous soyons tellement là-bas, il y a trente ans et
au milieu du drame ? Parce que tout est vrai. C'est par cars entiers que
le réalisateur Paul Greengrass a acheminé les gens de Derry
pour tourner leur propre rôle dans ce film, tourné pour partie
dans leur ville, pour partie à Dublin. Ce sont eux, les descendants,
et aussi les témoins d'alors, qui marchent en foule de cinéma
sur les fusils du barrage. Et les fantassins, la majorité des hommes
de troupe que nous suivons ont été soldats dans l'armée
britannique. Certains ont servi en Irlande du Nord. Lorsqu'on les voit
derrière les murs, tendus, haineux, angoissés par le vacarme
de la marche, recevant ordres et contrordres à ne savoir que faire,
c'est que le réalisateur les a maintenus comme ça, dans
cette posture inquiète, presque sans consigne, pour qu'ils retrouvent
d'instinct leurs gestes de guerriers. Et plus bouleversant encore. Après
la fusillade, dans l'hôpital d'Altnagelvin, alors que les cadavres
sont allongés dans leur sang à même le sol et que
les paras armés parcourent les couloirs, le film nous montre des
dizaines de familles, agrippées les unes aux autres dans la souffrance.
Ces figurants tragiques sont tous de Derry, beaucoup sont les parents
des morts et des blessés du dimanche sanglant. Trente ans plus
tard, ils ont demandé à être là, ensemble,
pour dire publiquement leur douleur. Voilà pourquoi ces larmes
ne sont pas vraiment des larmes de cinéma.
Monsieur
Cinéma
Ce
film, réalisé en 16 mm, le plus souvent caméra à
l'épaule, donne le vertige. Construit comme un vrai-faux documentaire,
il nous plonge dans la tragédie, comme rarement un long métrage
ou un reportage ne l'avaient fait : on est littéralement dans l'histoire,
parmi ces Irlandais pacifistes éliminés par les paras comme
de simples insectes. C'est un film de guerre effrayant, hallucinant de
réalisme qui prend aux tripes du début à la fin.
Le réalisateur Paul Greengrass est un ancien journaliste et connaît
bien son sujet. Sa mise en scène totalement maîtrisée
est également servie par le jeu des acteurs, avec en tête
James Nesbitt, magistral. Certes, ce n'est peut-être pas le film
idéal à voir en amoureux, mais, plus qu'une leçon
de cinéma vérité, Bloody Sunday est un cours
d'histoire au traitement radical.

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