CLEAN
Réalisation et scénario OLIVIER ASSAYAS
France / Canada / GB - 2004 - 110 min.

Images : Eric Gautier
Son : Guillaume Sciama, Daniel Sobrino
Montage : Luc Barnier
Décors : François-Renaud Labarthe

Interprètes :
Maggie Cheung (Emily)
Béatrice Dalle (Elena)
Nick Nolte (Albrecht)
Jeanne Balibar (Irène)
Don Mc Kellar (Vernon)
Martha Henry (Rosemary)
Rémi Martin (Jean-Pierre)
Laetitia Spigarelli (Sandrine)

 

Emily a eu son heure de gloire dans la chanson rock. Aujourd'hui accro à l'héroïne, elle est en conflit avec Vernon, le manager de son compagnon, Lee Hauser, dont le dernier disque, bâclé, ne marche pas.
Après un concert à Hamilton, Lee meurt d'une overdose et Emily est emprisonnée, sous méthadone.
A Vancouver, Albrecht et Rosemary, les parents de Lee, ont la garde de son fils, Jay. Après six mois de prison, Emily n'a pas le droit de voir Jay, tant qu'elle ne sera pas "clean". Il faut qu'elle décroche. Elle s'installe à Paris, travaille d'abord dans le restaurant chinois de son oncle, fréquente le petit monde de son amie Elena, se drogue encore. Elle propose à Irène Paolini (figure importante d'une maison de disque) une maquette de ses nouvelles chansons, mises en musique par Gloria, une copine de prison …

LA PRESSE  

Jean-Pierre Léonardini, L'humanité
La notion de justesse en art est si fragile, incertaine, modeste, qu'on hésite à l'employer aujourd'hui. Elle demeure pourtant indispensable, non comme la règle d'une science exacte impossible, du moins comme appréciation subjective. C'est la justesse qui caractérise Clean, ce film magistral d'Olivier Assayas, qui explore de manière impavide les transformations à l'œuvre chez un être contraint de se recomposer pour survivre.
(…) Clean mêle des mondes disparates avec une science aiguë de la contradiction. D'entrée de jeu, les représentations de paysages usiniers crachant feux et flammes créent un climat d'enfer aussitôt relayé par le tumulte de la scène rock, avant qu'au fil du déroulement de l'écorce intime du récit, des lieux de Londres, Paris et sa banlieue se découvrent en décors naturels, en arrière-plan des états d'âme d'Emily, au demeurant imperméable à tout ce qui n'est pas son travail intérieur. Dans Clean, oeuvre polyglotte par la force des choses, on parle anglais, français et chinois. Quelque chose, là, commune mondialisation des affects, si cela veut dire quelque chose, ce dont à tout prendre on n'est pas très sûr. Clean de bout en bout filmé de main de maître (image d'Eric Gautier), judicieusement scandé par des morceaux de Brian Eno, conçu avec un amour manifeste, ancrant dans le concret une hypersensibilité proprement magnétique, constitue sans conteste un événement d'envergure dans un cinéma national qui ne craint pas, pour une fois, d'aller voir ailleurs s'il ne s'y retrouve pas. Il s'y retrouve, pour sûr, en toute intelligence d'une complexité, assumée et résolue dans ses moindres recoins.

Olivier Pélisson, Monsieur Cinéma
Clean est un magnifique portrait de femme et un chant d'amour à une grande actrice, Maggie Cheung. Olivier Assayas livre son film le plus émouvant à ce jour. La course à la vie d'Emily emporte le morceau et séduit le spectateur. La mise en scène du cinéaste est lyrique et maîtrisée, utilisant le scope pour y inscrire ses personnages comme dans un paysage, des plans larges et amples aux gros plans sur les visages. Les voyages géographiques (Canada, Paris, Londres, San Francisco) sont autant d'états dans lesquels Emily passe et se cogne aux obstacles. Au centre du film, Maggie Cheung excelle. Elle se débat, endure, court, chante. Elle s'abandonne et se donne totalement à ce rôle inédit et proche de ce qu'elle est dans la vie.

Le Point
Admirablement mis en scène, Clean retrace, avec un sens aigu de l'épure, le cheminement initiatique d'une femme en lutte contre les ombres du passé et la désolation du présent. (...) Entourée de comédiens à leur meilleur (dont l'impressionnant Nick Nolte), Maggie Cheung n'a jamais besoin d'en rajouter pour susciter l'émotion. Sa prestation est à l'image du film. Un des plus beaux de la rentrée.

Les Cahiers du Cinéma
Clean, avec son titre ambigu, laisse chacun trouver sa propre place, son propre désir et ses propres angoisses, vis-à-vis de l'aventure de son héroïne vers le but qu'elle s'est donné. Et puis, en toute liberté, dans un moment de grâce, il dépasse ce but, vers un ailleurs ouvert, où palpite ce secret, une voix humaine ayant retrouvé le sens de ses harmoniques.