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Images
: Robert Millié
Montage : Zoé Durouchoux
Musique : Sotigui Kouyaté
Interprètes
Hamed Dicko (Mabo), Sotigui Kouyaté (Djéliba), Seydou Rouamba
(Sundjata enfant), Seydou Boro (Sundjata), Abdoulaye Koumboudri (L'instituteur),
Claire Sanon (Sitan), Mamadou Sarr (Boicar)
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"Ouvre
grand tes oreilles et écoute...
Tout à commencé par les déboires d´une pauvre
antilope...".
Celui qui raconte c´est Djéliba. Au crépuscule de
sa vie, ce vieux griot veut à tout prix raconter au jeune Mabo
Keïta l´origine de son Nom. Un nom qui évoque toute
une épopée, celle du fondateur de l´empire Mandingue,
Sundjata Keïta, le fils de la femme buffle... L´imaginaire
de Mabo fait renaître ce treizième siècle légendaire.
Captivé par l´histoire, il fait l´école buissonnière
pour mieux écouter le vieux griot. Bien entendu, cela ne va pas
sans problèmes, mais l´histoire suivra son cours...
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PROPOS
DU RÉALISATEUR
Le film traite d´une
page de l´histoire d´Afrique, l´Epopée Mandingue.
Mais il traite surtout de l´oubli progressif de cette histoire.
L´Afrique ne sait plus écouter ses griots qui, au demeurant,
perdent progressivement l´art de lui parler. Le griot passe aujourd´hui,
à tort ou à raison, pour un vulgaire saltimbanque qui
vit sur le dos des autres en scandant de belles paroles. C´est
dommage, car traditionnellement, le griot est dépositaire, garant
et gérant des coutumes et traditions ancestrales. Il doit conseiller
le roi, et savoir l´histoire et la généalogie des
membres de sa communauté dans les moindres détails. Artiste
dans l´âme, il a le pouvoir de capter à tout prix
son auditoire en façonnant la réalité historique
à son goût, au goût du jour. De sorte que les faits
historiques se trouvent souvent transformés en légendes
amusantes pour les profanes, avec un sens secret pour les personnes
perspicaces. Cette technique qui permet au griot de jouer à fond
sur l´imaginaire en mêlant réalité et fiction,
est au centre de ma réflexion artistique dans ce film. Et puis,
je suis moi-même griot de naissance. Je suis de ce fait garant
de l´histoire de mon peuple vis-à-vis des générations
futures. Le thème de ce film s´impose donc à moi
comme un devoir. Mais j´ai de la chance, j´appartiens au
"siècle du cinéma", c´est un instrument
fabuleux pour un griot !
www.dani-kouyate.com
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LA
PRESSE
Olivier Barlet, Africultures
Dani Kouyaté ne manque pas d'air : pour son premier long métrage,
il adapte la légende mandingue la plus célèbre d'Afrique
francophone, celle que bien des cinéastes rêvent de faire
le jour où ils en auront les moyens : Soundjata. Et cela avec un
budget dérisoire. Catastrophe ? Aucunement ! Keïta est un
film attachant, profond, sensible et tout à fait abouti. Marqué
par la qualité d'interprétation de Sotigui Kouyaté,
père de Dani, il joue sur un va-et-vient où il puise sa
force et sa légitimité. Ce griot se rend en ville pour raconter
au jeune Mabo Keïta l'origine de son nom, ce qui permet à
Dani Kouyaté d'alterner le récit oral et son illustration
le récit filmique tel que l'imagine l'enfant, c'est-à-dire
avec les moyens du bord. Il met donc en scène l'Afrique du XIIIe
siècle sans se soucier de l'exactitude historique des costumes
ou des décors. Plus encore, il prend avec la légende la
liberté qui lui convient, joue d'humour dans certaines situations
et en filme d'autres avec une simplicité parfaitement décomplexée.
Mabo est passionné par le récit du griot, au point de sécher
l'école. L'instituteur (l'inimitable Abdoulaye Komboudri) vient
le voir pour lui demander d'attendre les vacances. Et le griot de lui
demander son nom et s'il en connaît l'origine : " Que peux-tu
enseigner aux enfants sans connaître ton origine ? " Tout le
film est dans cette quête : " Rappelle-toi toujours, dit le
griot à Mabo, que le monde est vieux et que le futur sort du passé
".
C'est une quête sans fin : le film n'épuise pas la légende
et propose au spectateur de tourner comme Mabo autour du baobab, c'est-à-dire
de se débrouiller pour en connaître la suite.
Mais c'est une quête essentielle pour le temps présent. La
légende de Soundjata est née dans un contexte guerrier :
elle sert de légitimation à la puissance d'un roi. Le griot
ne la reprend que pour l'utiliser : il la manipule, la transforme à
sa guise pour servir son propos. Comment dès lors s'étonner
qu'un griot moderne s'empare du cinéma ? Les griots ont coutume
de dire que la parole est comme l'arachide : il faut la décortiquer.
Le cinéma est un moyen moderne de lutter contre la mort lente de
la parole, c'est-à-dire les valeurs qui sous-tendent une société,
que livrent les récits mythiques. Décortiquer la parole
par l'image sera dès lors une véritable lutte culturelle.
Sans que cela ne débouche sur des vérités toutes
faites : " Il n'y a pas de frontière entre vrai et le faux,
dit Dani Kouyaté. Tu dois toujours décoder toi-même.
C'est le sens de la fiction. "
Le
Monde, 30 octobre 1997
(...) La beauté du film de Dani Kouyaté réside dans
la façon dont la légende recouvre peu à peu l´action
contemporaine: récit fondateur de la création de l´empire
mandingue, l´histoire de la femme-buffle, de sa fille laide et de
l´enfant infirme appelé à devenir le roi est filmé
avec un minimum d'effets "fantastiques". Conséquence
directe de la modestie des conditions de production, la simplicité
de la mise en scène accentue paradoxalement la dimension surnaturelle
et légendaire de ce premier film, dont l´auteur mêle
avec aisance prometteuse humour, critique sociale et imagination.
Les
Cahiers du Cinéma, octobre 1997
(
) Le film ne se contente pas de l´immense beauté des
paysages; attentive à leurs particularités, la mise en scène
les transforme en véritables lieux de fiction. La légende
royale étant filmée dans des décors naturels d´une
manière réaliste, une part de magie et de merveilleux émane
pourtant de singuliers personnages. La femme buffle arbore deux petites
cornes sur un physique d´une étonnante corpulence, le roi
infirme, qui rappelle l´homme-tronc de Freaks, se traîne difficilement
au sol.
Mais bientôt deux types de savoirs rivalisent. Au vieil homme récitant
l´histoire des origines s´oppose l´instituteur, enseignant
des mathématiques et des grandes découvertes historiques.
Sans céder au dogmatisme, le cinéaste insiste sur la nécessité
pour l´Afrique de ne pas oublier son passé. Soulignant les
résonances et les interpénétrations des deux mondes,
tradition et modernité gardant toute leur valeur, il exhorte son
pays à puiser des forces dans ses racines et son imaginaire propre...

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