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Scénario
: Xavier Beauvois, Guillaume Bréaud, Jean-Eric Troubat, avec la
collaboration de Cédric Anger
Images : Caroline Champetier
Montage : Martine Giordano
Son : Jean-Jacques Ferran, Emmanuel Augeard, Eric Bonnard
Décors : Alain Tchillinguirian
Interprètes
:
Nathalie Baye (Caroline Vaudieu)
Jalil Lespert (Antoine Derouère)
Roschdy Zem (Solo)
Antoine Chappey (Louis Mallet)
Xavier Beauvois (Nicolas Morbé)
Patrick Chauvel (Patrick Belval)
Jacques Perrin (Clermont)
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Fraîchement
diplômé de l'École de Police, Antoine Derouère
choisit d'être affecté à Paris. Il quitte donc Le
Havre et intègre la 2e division de PJ, placée sous la direction
de Caroline Vaudieu, figure du métier qui a dû s'arrêter
quelque temps pour régler des problèmes d'alcoolisme. Antoine
est bien accepté au sein de l'équipe de la Crim', qui réunit
aussi Solo, Louis, Morbé et Belval. Antoine apprend la réalité
de ce métier, souvent insoupçonnée pour lui, avec
ses permanences au standard téléphonique et ses nuits de
veille, mais aussi ses visites éprouvantes à l'institut
médico-légal. Vaudieu prend sous son aile et conseille ce
débutant parfois naïf, qui lui rappelle l'enfant qu'elle a
perdu et qui aurait le même âge.
Alors qu'il sent s'éloigner sa petite amie Julie, institutrice
restée au Havre, Antoine se passionne pour son métier. Il
participe à l'enquête sur le meurtre d'un SDF polonais, "Walesa"
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| LA PRESSE |
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L'Humanité
La crim' au scalpel
Avec une précision documentaire, le dernier film
de Xavier Beauvois croise deux destins humains et tragiques mais affectueux.
Antoine Derouère, frais émoulu de l'école
de police, intègre la 2e DPJ. Il aborde cette toute première
affectation la tête emplie d'idéaux dont la naïveté
se traduit d'emblée par le gentil sourire qu'il arbore. Rien de
brillant, pourtant, dans le nouveau quotidien auquel le jeune homme est
confronté. Loin de chez lui, séparé de sa femme,
il fait connaissance avec la chambrette sans charme qui abritera ses rares
loisirs, les collègues plus ou moins sympas, les pots un peu forcés.
Antoine, qui rêve d'en découdre avec le crime, est prévenu
: " Des grandes affaires, tu en rencontreras deux ou trois dans ta
carrière. " La réalité va confirmer cette mise
en garde.
Comment sur cette trame, le réalisateur et comédien Xavier
Beauvois va-t-il s'emparer du genre policier auquel il s'adonne cette
fois, après Selon Matthieu et N'oublies pas que tu vas mourir ?
En adoptant un parti pris réaliste qui, au contraire du formatage
des pléthoriques séries télévisées,
lui autorise la plus grande liberté possible quand au parcours
de ses personnages, à la manière dont vont s'échafauder
leurs histoires. Bientôt, le commandant Caroline Vaudieu, que son
alcoolisme avait durablement mise sur la touche, va croiser le chemin
initiatique qu'Antoine poursuit avec une fraîcheur désarmante.
Premier flingue, premières menottes, première autopsie,
Xavier Beauvois, qui s'est documenté avec la précision d'un
Zola anticipant la rédaction de la grande suite naturaliste des
Rougon-Macquart, nous prête le regard d'Antoine. Celui de Vaudieu,
sans fard, s'abîme parfois vers des cicatrices intérieures.
Femme brisée par la mort précoce d'un fils, flic résignée
à combattre pour renouer avec le respect des autres et l'estime
de soi, c'est à elle qu'Antoine doit le surnom affectueux de "Petit
Lieutenant " dont on l'affuble. Écho à plusieurs titres
du Petit Soldat, de Jean-Luc Godard, le petit lieutenant d'aujourd'hui
n'est pas coincé entre les forces ennemies du FLN et de la future
OAS, mais dans la fracture qui sépare ses rêves d'un univers
largement désenchanté. Paraphrasant JLG, Xavier Beauvois
affirmait dans un récent entretien télévisé
qu'il avait souhaité réaliser : " Pas juste un film,
mais un film juste. " Autour de seconds rôles soignés
dans la meilleure tradition par des acteurs de premier plan (Roschdy Zem,
Antoine Chappey, Jacques Perrin pour ne citer qu'eux), Xavier Beauvois
installe des dispositifs d'acteurs non professionnels.
Ainsi des flics des stups qui, rencontrés par Antoine au terme
d'un long couloir, vont l'introniser dans le sérail par les rites
convenus des blagues. De même les participants aux réunions
des "Alcooliques anonymes" que les démons encore actifs
de Vaudieu la contraignent à fréquenter, les SDF dont aucun
artifice ne saurait rendre les gueules de rue, les fidèles réunis
pour un baptême orthodoxe surveillé pour les besoins de l'enquête.
Car enquête il y a, autour de crimes de sang commis par des repris
de justice arrivés de l'Est pour se livrer à des dépouilles
minables. On est loin, ici, des figures de " grand truand "
et de " grand flic " dont un Melville pouvait confronter les
ambivalences pour opérer sa mise à mal des mythologies complaisantes
(Un Flic, 1972). Xavier Beauvois entame son film par un panoramique introductif
où il nous montre, dans la cour bien propre de l'École de
police, la parade ensoleillée des jeunes gens et jeunes filles
en uniformes pimpants et vite remballés. De ce trompe-l'il,
dont Antoine ne se remettra pas, au milieu des regards las de ses collègues,
des jours blêmes et des nuits indifférentes, le film glissera
vers Vaudieu. À elle l'ultime point de vue. Le cinéaste,
en route, aura signalé tous les rituels qui sont autant de béquilles
à l'humaine condition et dont son film, d'une intense rigueur,
est bien le seul à ne pas avoir besoin.
Studio
(...) le cinéaste témoigne d'un sens de quotidien, plein
d'humanité et de vérité. Tout ça est habilement
contenu ici, grâce à la subtilité du scénario
et surtout de l'interprétation.
Monsieur
Cinéma
Le Petit Lieutenant est un polar âpre, sans fioritures et proche
du documentaire avec un souci permanent du détail. Un film passionnant
par ses thèmes (l'alcoolisme, la culpabilité, l'usure de
la vie, la " délinquance légale "...), ses nombreux
niveaux de lecture et ses non dits. Aidé par des comédiens
remarquables, notamment Nathalie Baye et Antoine Chappey, Xavier Beauvois
trouve un équilibre miraculeux entre thriller et chronique sociale.
Il nous livre une oeuvre désenchantée, d'une grande justesse
de ton, intense et palpitante, qui hante longuement.

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